Afzender: Télès
Geadresseerde: Monsieur Michaux

Mon cher Monsieur Michaux,

J’ ai bien reçu vos brochures et les enveloppes; je vous remercie de tout cœur ainsi que Théo. Je prends bonne note de votre zèle de collectionneur par réflexe , à mon avantage et à celui du patron de mon pension, qui est très content du cadeau reçu et par avance à celui à venir.

Après ce débat tout administratif de ma lettre, je voudrais vous entretenir aussi de la vie dangereuse à Proven, si telle chose ne nous était défendue par le 2° de la circulaire n° 44 du 31 août 1917 de la Commission de Réseau !! Firmin, ne trouvez – vous pas que je suis bien au courent ? Merveilleux, hein ! Je sens mon nez qui se courbe de vanité… la petite rime dans la phrase ajoute encore à l’ imprévu…Enfin tout cela pour vous dire que nous sommes encore dans un état de barbarie plus lointain que le vôtre : nous ne pouvons même pas comme vous autres jouer au troglodyte ; nous n’ avons pas de caves secrètes ; seule la rase campagne avec deux fossés, et remplis ou non d’ eau, ceux – là nous abritent à ces moments…. Dont le 2° de la circulaire n° 44 du 31 août 1977 de la Commission de Réseau nous défend de parler.

Malgré tout, le moral reste bon… à la hauteur des «  biscits » et du «  boiled beef » anglais. Aussi est- ce avec peine que j’ apprends le mécontentement de Théo. Vous comprenez bien comment à chaque randonnée à la Panne , je voudrais vous rendre visite et à Théo et à vous, pour nous rappeler les heures délicieuses que nous avons vécu ensemble, et tailler une bavette, surtout moi qui aime tant jaser, au risque même d’ ennuyer les copains.

Non, il y a d’ autres motifs qui me retiennent quelquefois – et à mon corps défendant – de faire l’ ascention des marches austères : je feuillette en vain ma collection de circulaires pour trouver le ʃʃ ( code ????)et l’ article «  prohibants » , mais je m’ aperçois que c’ est dans un tout autre code que je devrais chercher cette procédure, et en attendant que je puisse vous expliquer cela personnellement, à vous et à Théo, je vous prie d’ accepter mes plus chaleureuses salutations.

Donc bonne chance, bonne santé à tous.

Cordiale poignée de mains de votre dévoué

Télès.

P.S. Votre constatation résout, je crois, le problème. Les noctiluques sont tellement petites qu’ elles peuvent vivre ou plutôt végéter dans l’ humidité de l’ essuie- mains. Et le phénomène de l’ éclairement est donc bien dû à ces protozoaires et peut – être même à leur écrasement. La luminescence qu’ils répandent serait donc leur dernière manifestation vitale, soit qu’ ils  soient écrasés par les vagues qui déperlent, soit qu’ ils meurent d’ inanition au moment où vous secouez l’ essuie- mains . Merci de votre obligeance.