Afzender: Emile
Geadresseerde: Buyssens

Mon Cher Buyssens,

Je suis inquiet de ton silence, n’ ayant jamais reçu de réponse à ma lettre, je suis à me demander si quelque malheur te serait arrivé, car avec tous ces bombardements aériens de Dunkerque et Calais, ma femme et moi ne faisons que penser a Mme Buyssens et a ton fils qui doivent être restés dans ce mauvais coin. Et ton frère que devient- il, enfin toi comment vas- tu, ta santé est- elle toujours bonne ? J’ espère que cette fois, tu voudras bien me dire deux mots sur ce sujet, car il ne se passe pas de journées à la maison sans que nous ne parlions de toi et de ta famille.

Peut- être as- tu connaissance du décès de ce pauvre Legendre( je n’ ose plus dire minet maintenant devant ce triste événement) il est mort il y a quinze jours, épuisé par le travail ce qui a permis a une traitresse fièvre de le terrasser en quinze jours. Pauvre Charles, sa mémoire m’ est toujours présente, je ne puis me faire à l’ idée que que je ne le reverrai plus dans la «  cave » lorsque j’ aurai l’ occasion d’ aller a Rouen.

Ayant appris sa mort en rentrant de Paris à , ( 0H,25) je n’ ai pu assister à son inhumation qui avait lieu à Granville le matin de ma rentrée à 10H et je t’ assure que j’ étais bien peiné de ce contretemps. Des renseignement qui m’ ont été fournis, il y avait une délégation très importante de Rouen, notamment de tous les s/chefs de Rouen ….. ainsi que de nombreux agents des groupes inférieurs. Malgré tout, ce pauvre gars était aimé. Il parait que la peine de ses parents faisait pitié a voir, rien d’ étonnant, ces pauvres gens avaient fondé tout leurs espoirs en leur fils dont ils étaient justement fiers de la situation qui s’ était faite par son travail.

Voici des nouvelles, comme tu le vois, elle ne sont pas très gaies.

A part des nouvelles du dehors qui sont tristes, chez moi tout va bien. Ma petite Mad est un joli bébé qui maintenant à 15 mois, marche trotte, cause en un mot fait la joie de la maison et de ses grands-parents.

Sans orgueil de ma part, car tu sais, c’ est naturel, l’ on trouve toujours les siens plus jolis, je dois dire que de l’ avis de plusieurs Docteurs, elle est jolie, forte, d’ une santé robuste et avec cela espiègle comme dit c’ est une jolie blonde aux yeux bruns a qui rien ne fait peur .Elle est très délurée, dit presque tous les mots et comprend tout du langage a tel point que maintenant il lui faut toujours un crayon pour écrire. Ma femme va tout a fait bien, mais je t’ assure qu’ elle est bien fatiguée quand arrive le soir car avec ce diable de gosse, elle n’ est plus une minute tranquille.

Inutile te dire que ma pauvre mère est folle de sa petite fille avec laquelle elle joue toute la journée.

Tant qu’ à moi, la santé est toujours parfaite, j’ ai eu cette année ma note 19 maintenue plus une proposition pour s/chef de gare1e……, je t’ assure que je suis très heureux, je n’ ai plus maintenant qu’ à laisser aller.

Et toi es- tu content de ta situation actuelle j’ ose espérer que oui en te souhaitant vivement le retour chez toi, car ce n’ est là que la seule condition pour que ton bonheur soit parfait.

Mon beau frère est toujours dans l’ aviation et continuellement au danger, les pertes dans son escadrille ayant été assez fortes ces temps derniers.

Je ne vois plus rien a te dire mon cher ami que j’ attends impatiemment de tes nouvelles et t’ adresse en attendant les meilleurs amitiés de moi même et ma femme pour toi et ton aimable famille.

Une cordiale poignée de mains de ton dévoué qui n’ oublie pas les vrais amis de la « cave » ou tant de fois nous avons tempeté contre les marottes de ce pauvre Charles .

A bientôt de tes nouvelles et mes meilleurs amitiés.

Ton ami

Emile.